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L'erreur

L'improvisation atonale est expression de la conscience pure. Inaltérée des artifices syntaxiques struturés structurant du discours tonal. L'intention n'est plus de peindre des états d'âmes mais, bien plutôt, de signifier des états d'être sous le jaillissement aléatoire de leurs emportements. Le sentiment s'efface sous l'impulsion et l'espace sonore n'en finit plus de se déformer : l'horizon esthétique est alors constance d'indétermination.

Dès lors, le possible se fond-il dans le probable, lui-même ne devenant véritablement seulement que possible ; aussi, les intentions esthétiques s'anticipent-elles incessamment et de l'intensité de leurs échanges survient l'impromptu. L'erreur. La note ou le fragment de note que les conventions abhorrent. L'erreur. Cette génération d'être d'intentions improbables, cette indétermination d'être de déterminations indéterminantes... l'erreur : cette transcendance d'être qu'on est au creux de ses antagonismes.

Car l'erreur ne se soutient pas d'une harmonie intérieure, elle n'est pas produit d'une mélodie d'être qu'on égrène mécaniquement. Bien au contraire : l'erreur est aboutissement d'un conflit. Elle est de ce que l'on est à soi de soi (s) divergents : l'erreur est à soi la divergence d'être.

Certes, expose-t-elle soi dans le tumulte de ses incertitudes, au coeur de ses contradictions... mais simultanément, elle magnifie le vivant en en révélant son inaltérable besoin d'être : c'est en ce sens que l'erreur est conjonction historique d'une tragédie d'être. Son surgissement dans l'improvisation atonale sanctifie l'engagement du musicien à l'horizon de ses transports.

Ainsi est-elle spontanéité pure et porte-t-elle à son plus haut degré l'expression musicale, ainsi est-elle révélation d'un drame d'être et sacralise-t-elle, dès lors, la vie de l'esprit.

La fausse note ne saurait, en cela, contre les conventions artistiques, entâcher le discours de l'improvisation atonale. Tout au contraire : la fausse note est moment paroxysmique de l'expérience esthétique spécifique.

Loin d'être une aberration, l'erreur est à l'improvisation atonale l'humanité d'être.