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Musique atonale, musique elliptique

La musique appartient à tout le monde en général : elle n'est l'exclusivité de personne en particulier. Chacun à la sensibilité esthétique qui le caractérise mais personne n'a le monopole du bon goût. En conséquence, l'on peut objectivement aimer ou détester la singularité d'un style tout autant qu'il est logiquement absurde d'en nier la légitimité ou de lui faire offense.

Car toute musique est respectable. Qu'elle soit binaire ou ternaire, écrite ou improvisée, qu'elle soit conventionnelle ou atonale, elle s'existe, au-delà de toute quantification, d'intimes tensions d'être qu'en ses transports, l'âme magnifie.

La musique est ce qu'elle est pour ce que nous sommes : la musique est ce que nous sommes pour ce qu'elle est. La musique est, inaltérablement, fusion : pénétration de soi vers l'idéal qu'elle représente, représentation de soi en l'idéal qu'on pénètre.
Par ce qu'elle participe de ce que l'on idéalise, la musique est à soi un fragment d'être.

C'est en cela que toute discussion portant sur la validité, voire la légalité de quelque démarche musicale aussi insolite soit-elle est fondamentalement vaine.
Et par extension : chacun est la musique qu'il est.
Et nous sommes tous différents.

Je ne cherche nullement à justifier cette forme atonale dont est construit notre style "elliptique" ; car elle est, de toutes façons, injustifiable, au-delà de toute justification ; car elle est ce qu'elle est, et elle n'est que cela : l'espace esthétique d'une sphère affective. Une dimension propre habitée d'élans intérieurs que nous existons bien passivement, en ce qu'elle relève de ce que nous sommes, en ce qu'elle nous habite essentiellement.

Il en va, d'ailleurs, tout autant pour les rapports liant le mélomane ou le musicien à la musique dont il est épris : il l'aime car elle procède de ce que ses attractions lui sont siennes, il l'aime parce qu'elle est en lui, indépendamment des formes spéciales au moyen desquelles elle se révèle : ainsi, le peintre contemporain et sa probable prédilection pour l'oeuvre libre, atonale... on est donc la musique qu'on est, oui : mais indépendamment de soi. On est bien la musique qu'on est sur l'étrange mode de la passivité.
Et c'est ainsi qu'on la découvre en se découvrant, c'est ainsi qu'on l'aime contre toute responsabilité.

La musique est donc ce qu'elle est : une idéalité. On ne saurait jamais critiquer que ses interprètes : sa légitimité s'impose massivement à nous et demeure, perpétuellement, hors d'atteinte.